FAUT-IL PLAIRE AUX JUGES ?

Chacun le sait, la Justice n’est pas rendue par un ordinateur. On ne fait pas entrer dans un ordinateur les données d’une affaire pour voir ressortir à l’autre bout un beau jugement ! La Justice est rendue par des hommes et des femmes et leur tâche, qui est essentielle, n’est pas facile. La Justice est humaine, l’erreur est humaine, la bonne justice existe mais la mauvaise aussi et rien n’est pire que l’injustice de la Justice.

Dans de très nombreux types de contentieux les juges ne voient jamais les justiciables mais uniquement leurs avocats. Cependant dans le droit de la famille (au sens large, et qui inclut aussi le droit des mineurs) l’avocat assiste son client mais ne le représente pas dans tous les cas et de ce fait le justiciable est donc souvent tenu de comparaître personnellement. Il rencontre ses juges. Que se passe t’il alors ? Les avocats pourront le dire : le client est tendu et veut faire bonne impression. C’est un moment clé pour lui. Il a hâte de savoir comment sera son juge. A l’issue de l’audience, la façon dont il a été traité par le juge est fondamentale pour lui. Ses commentaires sont toujours les mêmes, chaque avocat peut en témoigner. « La juge m’a détestée tout de suite » « le juge n’écoutait que ma femme » « la juge ne me croyait pas » « le juge avait déjà décidé » « la juge me faisait taire » etc … Il y a des clients qui sortent de l’audience triomphants et confiants, mais c’est rare !  Et le résultat n’est pas toujours celui qu’ils ont anticipé.

Les juges n’expriment pas leurs sentiments, ce qui est normal, et à la fin des audiences l’incertitude sur le résultat domine. La conséquence de cette situation est logique. Le justiciable pense qu’il doit plaire au juge et que sinon son affaire sera bien mal partie. Selon sa personnalité le client optera pour une certaine déférence, ou bien jouera la victime, et dans tous les cas il tâchera de faire « bonne impression » comme l’écolier qu’il a été dans le passé ! C’est inévitable, passer devant un juge a un effet régressif sur le justiciable, il retombe un peu en enfance …

Pourtant le meilleur moyen d’aborder une audience est d’être soi même, de s’efforcer à être calme et clair sans jamais adopter une attitude servile ni soumise car le juge n’est pas un être supérieur et omnipotent mais un égal qui rend la Justice. Le juge peut se tromper et est soumis au contrôle d’une hiérarchie, de même que ses décisions sont susceptibles de recours. Le justiciable aura intérêt à faire le choix d’un avocat qui a de la personnalité et qui travaille ses dossiers, car très souvent les mauvaises décisions viennent d’une impréparation.

Dans le cas où l’enjeu d’une audience est quasiment vital – et je parle de la matière de l’assistance éducative et de la protection de l’enfance – le justiciable devra utiliser tous les moyens procéduraux pour combattre une décision qui a des effets négatifs, sans se soucier d’indisposer un magistrat ou de nuire à sa Cause, mais il devra le faire dans l’intérêt supérieur de son enfant. En effet les juges sont faillibles, et leurs décisions peuvent être erronées et même dommageables.  Un magistrat qui sent qu’un justiciable est déterminé, accordera plus d’importance à son dossier que celui qui a tenté une « opération séduction » cousue de fil blanc.

Plaire à un juge en pensant avoir ainsi une bonne décision est un raisonnement qui ne résiste pas devant la réalité de la Justice aujourd’hui : rapide, encombrée, prudente à l’excès. Il y a de bons juges et de mauvais juges, comme il y a de bons et de mauvais dossiers, de bons et de mauvais avocats. Il n’en demeure pas moins que nous sommes tous égaux en droits et en devoirs et que le juge n’est pas le détenteur d’une vérité qu’il n’appréhende qu’à travers un dossier plus ou moins bien préparé et dans un laps de temps souvent réduit. En outre les juges peuvent se succéder dans un même dossier, les longueurs de la procédure peuvent brouiller les pistes, quantité de paramètres peuvent aboutir à rendre un résultat confus ou négatif. Il faut donc faire comme Pénélope (le personnage de l’Antiquité, je précise) et remettre toujours son travail sur l’ouvrage : il faut à la fois préparer du mieux possible un dossier, veiller à être bien assisté ou représenté en Justice, et ne pas négliger les recours qui existent contre une décision négative –

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