Affaire priscilla majani

L’affaire Priscilla MAJANI, cette maman qui a fui avec sa fille pour la protéger de la violence et du comportement incestueux de son père puisque ni la police ni la justice ne le faisaient, est emblématique du cruel dilemme qui se pose aux mamans qui se trouvent dans son cas.

Si la protection de l’enfant qui révèle des abus, quels qu’ils soient, n’est pas obtenue rapidement et efficacement de la police et/ou de la justice, et que la mère sait combien son enfant dit la vérité, son dilemme est tragique : soit laisser l’enfant être abusé et se faire complice de ce qu’il subit, soit faire justice soi même en le protégeant par tout moyen – en se mettant ce faisant hors la loi.

Dans le cas de Priscilla MAJANI, cette affaire en plus d’être emblématique, force d’une certaine manière le respect. En effet la mère a renoncé à toute vie professionnelle alors que ses fonctions étaient socialement prestigieuses, mais elle a réussi à protéger sa fille pendant plus d’une dizaine d’années.

Son sacrifice lui a donc permis d’atteindre son objectif, et si le contrôle routier qui a permis son arrestation n’avait pas eu lieu, elle serait encore en liberté et sa fille pourrait très certainement atteindre sa majorité sans être séparée de sa mère ni faire l’objet d’une mesure de protection due à sa minorité.

Les mères confrontées à ce dilemme et prêtes pour le sacrifice atteignent rarement cet objectif de protection de leur enfant, dans la durée. Celles que nous connaissons ont tout perdu socialement, économiquement et professionnellement, et n’ont protégé leur enfant qu’un an voire deux, pour finir en prison ou sous le coup d’une lourde peine avec sursis – avec à la clé la séparation définitive de leur enfant sur lequel elles perdent leurs droits.

Dès lors le slogan qui s’est répandu « j’aurais fait comme elle » est bien entendu un louable cri du cœur, un réflexe de solidarité, cependant il est impossible de laisser penser que faire comme Priscilla MAJANI soit une réelle possibiité, soit « une option » comme on dit.

Le travail de la CIIVISE et de nombreux professionnels voudrait  faire disparaître ce dilemme ci-dessus décrit.

Le but n’est certes pas encore atteint.

Il n’est pas atteint car la justice reste inflexible dans sa réaction à la non représentation d’enfant, alors qu’elle est laxiste dans son appréciation des agressions sexuelles commises sur les enfants, comme elle est incrédule face à la parole des enfants.

Tant que la justice estimera qu’un enfant est instrumentalisé par sa mère à partir du moment où il rapporte un comportement anormal du père, sous le prétexte que les parents sont en conflit et qu’il est donc évident que la mère ne pense qu’à se venger, comme faire avancer la Cause des mères et des enfants ?

Notre association est fréquemment interrogée par des mères qui songent à fuir. Nous nous devons d’être honnêtes et de dire réellement ce qu’il en est.

D’abord nous nous assurons que la mère connaît tous les moyens légaux de protéger son enfant et n’a rien laissé au hasard.

En effet la non représentation d’enfant n’est pas un délit si la mère peut prouver l’état de nécessité au sens du droit pénal. Elle doit donc se munir de toutes les preuves possibles et de tous les justificatifs qui prouvent qu’elle n’a pas représenté l’enfant car il était menacé d’un danger imminent.

Ensuite nous lui expliquons le risque pénal (un an de prison et 15 000 euros d’amende passant à trois ans de prison et 45 000 euros d’amende si la NRE dure plus de 5 jours ou hors du territoire français).

Enfin et surtout nous expliquons que se maintenir « caché » en cavale se révèlera à court terme impossible (sans nous étendre sur les effets terribles de ce type de vie) et quand mère et enfant seront retrouvés ils seront séparés pour longtemps …

En effet l’enfant est soit remis au père, soit remis à l’ASE, mais la mère n’a plus alors que des droits médiatisés quand elle les obtient, elle perd par ailleurs le plus souvent l’autorité parentale …

Pour un an de protection chèrement payé, la mère doit renoncer à ses droits sur l’enfant, voilà de facto le bilan de ce genre de situation.

A l’aune de ce qui précède, le slogan « j’aurais fait comme elle » doit être réfléchi, et notre association si sensible au désespoir que les atteintes sur mineurs occasionnent ne peut pas estimer que la fuite soit une solution.

En revanche, nous avons suivi le parcours d’une maman qui a pu préparer un bon dossier et ne pas représenter ses enfants en plaidant avec succès l’état de nécessité.

Elle a été relaxée par la Cour d’appel de PARIS et L’ENFANCE AU CŒUR considère que cette jurisprudence doit se multiplier grâce à un soin apporté à la préparation des preuves et de tout document établissant l’état de nécessité et le légitime principe de précaution.

C’est dans ce sens que nous conseillons les mamans.

 Nous considérons qu’il est impossible de critiquer une mère qui en vient à l’extrémité que constitue la fuite, toute notre compassion va vers elle ainsi que notre solidarité.

Cependant comme il s’évince de ce qui précède, le remède s’avérant plus terrible parfois que le mal, il faut tout faire pour éviter cette extrémité.

Nous souhaitons que le dossier de Priscilla trouve une résolution positive.

Dans la prison où le destin l’a conduite, elle n’a sans doute qu’une seule consolation et de taille : son sacrifice a atteint son but.

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