À l’annonce d’un questionnaire national sur les violences sexistes et sexuelles destiné aux enfants, une question essentielle mérite d’être posée : un enfant peut-il réellement parler parce qu’on lui pose la question ? Et surtout, que faisons-nous de sa parole lorsqu’elle apparaît ?
C’est la première question que nous inspire l’annonce d’un questionnaire national sur les violences sexistes et sexuelles destiné aux enfants et aux adolescents.
L’intention serait de mieux connaître les violences subies par les enfants et permettre à celles et ceux qui le souhaitent de signaler leur situation.
Mais la parole d’un enfant victime ne surgit pas nécessairement parce qu’un adulte lui pose une question.
Un enfant peut ne pas comprendre que ce qu’il vit est une violence.
Il peut ne pas avoir les mots pour le dire.
Il peut avoir peur.
Il peut se sentir coupable.
Il peut vouloir protéger quelqu’un.
Il peut craindre les conséquences de ce qui arriverait s’il parlait.
Et surtout, il peut ne pas être prêt à parler au moment où on lui pose la question.
La parole d’un enfant n’est pas une réponse que l’on obtient en cochant une case.
Elle apparaît parfois beaucoup plus tard.
Dans une relation de confiance.
Au détour d’une activité.
Après plusieurs rencontres.
À partir d’une question qui n’était pas celle que l’on imaginait poser.
Ou simplement lorsque l’enfant comprend enfin qu’il peut parler sans être jugé, puni ou abandonné.
Créer les conditions de la parole
C’est pourquoi la prévention ne peut pas se limiter à demander aux enfants s’ils ont subi des violences.
Il faut aussi leur permettre de savoir qu’ils peuvent parler.
Et il faut surtout que les adultes qui les entourent soient capables d’entendre cette parole lorsqu’elle arrive — qu’elle soit claire ou hésitante, directe ou indirecte, immédiate ou des années plus tard.
Pour un enfant, pouvoir parler suppose d’abord de rencontrer un adulte en qui il a suffisamment confiance.
C’est là que la prévention prend tout son sens.
Elle consiste à donner aux enfants des repères, à leur apprendre qu’ils ont des droits, qu’ils peuvent poser leurs limites, qu’un secret qui fait peur n’a pas à être gardé et qu’ils peuvent demander de l’aide.
Mais elle consiste également à préparer les adultes à recevoir cette parole.
Car une révélation peut être fragile.
Une mauvaise réaction — minimiser, mettre en doute, culpabiliser, insister ou, au contraire, se montrer paniqué — peut conduire l’enfant à se refermer.
Pour L’Enfance Au Cœur, il faut être là avant la révélation
Attendre qu’un enfant révèle une violence pour commencer à agir, c’est arriver trop tard pour une partie d’entre eux.
Notre rôle est aussi de contribuer à créer un environnement dans lequel l’enfant peut progressivement acquérir les mots, les repères et la confiance nécessaires pour parler.
Nous ne pouvons pas demander à un enfant de parler sur commande.
En revanche, nous pouvons faire en sorte que, le jour où il sera prêt à parler, quelqu’un soit là pour l’écouter.
Parce que la question n’est pas seulement :
« Comment faire parler les enfants ? »
La véritable question est :
« Comment faire pour qu’un enfant sache qu’il peut parler — et qu’il rencontre, lorsqu’il le fait, un adulte capable de l’entendre ? »
C’est là que commence une véritable démarche de protection de l’enfant.
À LEAC, nous alertons sur les conditions indispensables pour que cette parole puisse émerger et être réellement entendue : du temps, de la confiance, des adultes formés et un accompagnement adapté.
Parce qu’un enfant ne parle pas forcément quand on lui pose la question.
Il parle quand il peut. Aux adultes d’être prêts quand ce moment arrive.
Et après la réponse ?
Il y a une deuxième question, tout aussi essentielle : que se passe-t-il après qu’un enfant a répondu ?
Si un questionnaire fait apparaître qu’un enfant est victime ou se trouve en danger, l’enjeu ne peut pas s’arrêter au recueil de sa réponse.
Qui reçoit cette information ?
Qui est chargé de l’interpréter ?
Qui rencontre l’enfant ?
Dans quel délai ?
Quel accompagnement lui est proposé ?
Et lorsque les réponses sont recueillies de manière anonyme, une autre question se pose : comment protéger un enfant dont la réponse révèle une situation préoccupante si personne ne peut ensuite l’identifier ?
Il faut également s’interroger sur la collecte et la conservation de données aussi sensibles. Que deviennent les réponses des millions d’enfants interrogés ? Qui pourra y avoir accès ? Pendant combien de temps seront-elles conservées et dans quel objectif ?
Ces questions ne sont pas secondaires.
Lorsqu’il s’agit de violences faites aux enfants, recueillir une parole crée une responsabilité.
Le questionnaire peut être un outil pour mieux comprendre l’ampleur des violences. Mais il ne doit jamais devenir une fin en soi.
Une réponse n’est pas une prise en charge. Une révélation n’est pas une protection.
Pour LEAC, ces questions doivent être posées avant la mise en œuvre d’un tel dispositif, précisément parce que la parole d’un enfant ne peut être recueillie sans penser à ce qui doit lui être proposé ensuite.
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