Placements abusifs : Maître Franz ACHACHE, avocat de LEAC, dénonce les dérives de l’Aide sociale à l’enfance dans un article du Dauphiné Libéré
Dans une interview publiée ce 18 août 2026 par Le Dauphiné Libéré, Maître Franz ACHACHE, avocat référent de L’ENFANCE AU CŒUR (LEAC), met une nouvelle fois en cause les mécanismes qui conduisent en France à des placements d’enfants qui sont injustifiés.
Face à lui, la députée Isabelle SANTIAGO, rapporteure de la commission d’enquête parlementaire sur les manquements des politiques publiques de protection de l’enfance, partage une partie de ce constat.
Et les chiffres donnent la mesure du problème : fin 2024, 392 600 mineurs et jeunes majeurs bénéficiaient d’une mesure de l’ASE, dont 225 000 étaient placés hors de leur domicile familial. Maître ACHACHE rappelle que la moitié de ces placements pourrait être évitée. ( Selon l’ex directeur de l’IGAS lui-même)
Pour LEAC, ce n’est pas une simple question statistique.
Derrière chaque placement, il y a un enfant arraché à son quotidien, à ses parents, à ses frères et sœurs, parfois à ses grands-parents.
Et lorsque ce placement n’est pas justifié par une maltraitance ou un danger concret, la protection devient elle-même une source de violence.
La notion « danger » devient un prétexte pour séparer
C’est ce que rappelle Maître ACHACHE la notion de danger utilisée par la justice des enfants est devenue trop subjective et trop « fourre-tout ».
Il évoque des situations dans lesquelles un enfant peut être placé parce qu’il aurait une relation jugée trop fusionnelle avec sa mère, parce qu’il dort avec ses parents ou encore parce que sa mère est considérée comme trop anxieuse ou psychologiquement fragile.
Mais où est le danger concret ? Où sont les faits ? Où est la maltraitance ?
C’est toute la question.
Car si la réponse à ces questions n’est pas clairement établie, comment peut-on justifier la décision la plus radicale qui soit : retirer un enfant à ses parents ?
Maître Achache, porte parole de L’Enfance au cœur, le dit sans détour : « La notion de danger est subjective. » et , la moitié des placements en France pourrait être évitée. »
Cette situation est profondément inquiétante et c’est le coeur du combat de l’association :
Un parent ne devrait pas perdre son enfant parce qu’il ne correspond pas aux normes implicites d’un professionnel.
Une famille ne devrait pas être séparée parce qu’elle fonctionne différemment ou sur des critères subjectifs.
Une fragilité psychologique ne devrait pas automatiquement devenir une incapacité parentale.
Et une difficulté familiale devrait d’abord appeler de l’aide, pas nécessairement une séparation.
Le « placement parapluie » : quand le principe de précaution devient une machine à placer
Maître ACHACHE évoque les « Placement parapluie »
En effet, certains magistrats peuvent être conduits à placer un enfant dans le doute, par peur qu’une décision de maintien au domicile puisse leur être reprochée ultérieurement.
Autrement dit : mieux vaut placer « au cas où ».
Mais ce raisonnement oublie une chose essentielle :
Le placement n’est pas une décision sans conséquence.
Il ne s’agit pas de mettre un enfant temporairement « à l’abri » comme on mettrait un objet en sécurité.
On sépare un enfant de ses parents.
On bouleverse ses repères.
On modifie son quotidien.
On peut interrompre ou réduire ses relations avec sa famille.
Et cette séparation peut produire une souffrance considérable.
Comme le souligne Maître ACHACHE, la perte de garde n’est pas une séparation ordinaire. Il parle d’une « perte ambiguë » : l’enfant est vivant, son parent est vivant, mais leur présence quotidienne et la continuité de leur relation sont brutalement interrompues.
Et le plus inquiétant : le système interpréte ensuite les conséquences de la séparation contre les parents
Maître ACHACHE décrit le mécanisme dans lequel l’institution provoque une réaction de souffrance chez le parent par la séparation, puis utilise cette réaction pour confirmer les inquiétudes initiales concernant ce même parent.
Le parent souffre parce qu’on lui retire son enfant.
Il devient anxieux.
Il conteste.
Il s’effondre parfois.
Et cette souffrance peut alors être interprétée comme la manifestation d’une fragilité psychologique.
La séparation produit le symptôme… qui devient ensuite la justification de la séparation.
Maître ACHACHE dénonce un « système qui s’auto-valide ».
On ne peut pas créer une situation de détresse et ensuite utiliser cette détresse comme preuve contre celui qui la subit.
Des évaluations qui ne cherchent pas toujours à comprendre la famille
L’avocat de L’Enfance Au Coeur dénonce également le regard porté sur les familles lors des enquêtes et évaluations.
Les éléments recueillis peuvent être systématiquement analysés « sous un prisme négatif », avec une lecture destinée à mettre en évidence les failles du parent.
Et lorsque le principe de précaution devient la règle, tout peut devenir suspect :
Une mère est trop anxieuse.
Un père est trop distant.
Les parents sont trop fusionnels.
Ils sont trop protecteurs.
Pas assez protecteurs.
Ils contestent les professionnels.
Ils contestent trop.
Ils ne contestent pas assez.
Le danger recherché peut être interprété et construit
C’est ce que dénonce notre association.
Les familles ou les institutions : qui est réellement entendu ?
Autre problème majeur soulevé dans cette interview : le poids des rapports sociaux dans la procédure.
L’association se réjouit de constater qu’une députée courageuse, Isabelle Santiago, souligne enfin une difficulté structurelle : certaines associations peuvent être chargées de rédiger le rapport social tout en étant ensuite mandatées pour mettre en œuvre la mesure préconisée.
On se questionne donc sur les conflits d’intérêt!s !
Car lorsque le rapport devient la principale grille de lecture du juge, la parole institutionnelle peut prendre une place considérable dans la décision judiciaire.
Et que reste-t-il alors au parent ?
Comment peut-il contester efficacement un rapport ?
Comment démontrer qu’une interprétation est erronée ?
Comment faire entendre sa propre parole lorsque le dossier est déjà construit contre lui ?
C’est précisément ce déséquilibre que LEAC rencontre quotidiennement auprès des familles qu’elle accompagne.
La loi Taquet ? Déjà prévue. Déjà insuffisamment appliquée.
Le débat sur le recours à un tiers de confiance est particulièrement révélateur.
La loi Taquet de 2022 prévoyait déjà que l’enfant puisse être confié prioritairement à un membre de sa famille ou à un proche lorsque cette solution est possible.
Mais sur le terrain, Maître ACHACHE rappelle que ce principe est très peu appliqué dans la réalité.
Tout comme les avocats de L’Enfance Au Coeur, il a accompagné des milliers de parents, il n’ avu qu’une dizaine de placements chez un tiers de confiance,
Pourquoi ?
Parce que l’évaluation des proches peut prendre des mois.
Parce que certains grands-parents peuvent être écartés en raison de leur âge.
Et pendant ce temps, l’enfant est placé. (
LEAC pose donc une question simple :
Pourquoi séparer un enfant de sa famille avant même d’avoir sérieusement étudié la possibilité de le confier à un proche protecteur ?
Comme LEAC le propose depuis longtemps, Maître Franz ACHACHE défend une mesure simple et concrète : lorsqu’un juge refuse de confier l’enfant à un tiers de confiance identifié, il devrait être tenu de motiver précisément ce refus.
Cette proposition mérite d’être portée haut et fort.
13 milliards d’euros et pourtant, « les lois ne sont clairement pas appliquées »
Il faut arrêter de penser t que les dysfonctionnements de la protection de l’enfance soient expliqués uniquement par un manque de moyens.
Maitre ACHACHE rappelle que la protection de l’enfance représente environ 13 milliards d’euros par an
La députée Isabelle SANTIAGO souligne, elle, des difficultés structurelles considérables, notamment la surcharge de certaines juridictions et le manque de travailleurs sociaux.
Mais pour LEAC, le problème est plus profond.
Il ne suffit pas d’injecter davantage d’argent dans un système si ses mécanismes fondamentaux ne sont pas suffisamment contrôlés.
Davantage de moyens ne doit pas signifier davantage de placements.
Les moyens doivent permettre davantage d’accompagnement, davantage de prévention, davantage d’évaluation contradictoire et davantage de solutions permettant de maintenir les enfants dans leur environnement familial lorsque cela est possible.
LEAC le rappelle : La protection de l’enfance ne doit pas devenir une machine à séparer
Il faut être extrêmement clair.
LEAC ne remet pas en cause la nécessité de protéger les enfants réellement victimes de maltraitance.
Lorsqu’un enfant est maltraité, il faut agir.
Mais précisément parce que le placement constitue une mesure extrêmement grave, et même une maltraitance institutionnelle, il ne peut pas devenir une réponse de confort, une réponse de précaution ou une réponse fondée sur des interprétations subjectives.
La protection de l’enfance doit protéger l’enfant.
Elle doit aussi protéger ses droits.
Et parmi ces droits figure celui de conserver, lorsque cela est compatible avec son intérêt, des liens avec ses parents, ses frères et sœurs, ses grands-parents et son environnement familial.
La parole de Maître ACHACHE est celle d’un avocat de terrain
Comme tous les avocats de L’ENFANCE AU COEUR,
Il accompagne des familles confrontées à ces procédures.
Il observe les dossiers.
Il intervient devant les juridictions.
Et il est aujourd’hui l’un des avocats référents de L’ENFANCE AU CŒUR, engagée dans la dénonciation des placements abusifs et la défense des droits des enfants et des familles.
Lire l’interview complète du Dauphiné Libéré



Avant de prendre connaissance de l’interview de Me ACHACHE, à la lecture de cette analyse, je souhaite ici témoigner pour les familles d’origines culturelles différentes, des cibles idéales quand il faut rentrer dans les cases des rapports sociaux.
Je me rappelle des propos d’une conseillère socio-éducative qui reconnaissait s’être trompée lorsque elle a voulu imposer à des gens du voyage son système et ses références éducatives. C’est eux qui devaient changer, ce qui revient à nier un peuple entier.
Autre exemple une famille espagnole immigrée économique de l’époque franquiste ne maîtrisant pas le français. La fille ainée ayant été scolarisée en France, c’est toujours occupée des papiers, a suivi ses parents dans tous les aspects de leurs vies depuis son jeune âge. Lorsque sa mère se voit confier sa nièce le rapport enlevant l’enfant à sa grand mère précise qu’elle ne sait ni lire ni écrire et que sa fille donc la tante se substitue à la grand mère, écrit à sa place et lui fait juste signer. C’est un racisme qui ne dit pas son nom en niant toute capacité intellectuelle à la grand-mère, en laissant entendre qu’il y a emprise de la tante sur la grand-mère. Or ce qui caractérise ces familles, c’est la solidarité familiale dont l’ASE ne veut pas entendre parler pour isoler et garder son pouvoir. Je pense que cela doit parler a beaucoup de monde.