Mis en examen pour des viols sur des enfants de 3 et 4 ans : remis en liberté pour sa propre protection ?
Quatorze familles ont saisi la justice. De nouvelles plaintes seraient encore arrivées. Et pourtant, l’homme mis en examen pour quatre viols et trois agressions sexuelles sur de très jeunes enfants a été remis en liberté.
L’affaire de Tarnos, dans les Landes, soulève le cœur, pour ne pas dire donne envie de vomir. Un animateur de 37 ans, intervenant dans un centre de loisirs, a été mis en examen en juillet pour quatre viols et trois agressions sexuelles sur des enfants âgés de 3 et 4 ans. Il avait alors été placé en détention provisoire.
Depuis, le dossier s’est encore alourdi : quatorze familles ont désormais porté plainte, et de nouvelles plaintes auraient été déposées après sa mise en examen.
Et pourtant, il est libre
Au mois d’août, après environ un mois de détention, la chambre de l’instruction a ordonné sa remise en liberté sous contrôle judiciaire.
Il lui est notamment interdit de se rendre dans les Landes, il doit résider en Bretagne et pointer toutes les deux semaines auprès des autorités.
Mais c’est surtout le motif avancé pour justifier cette remise en liberté qui interroge profondément.
Selon les informations rapportées par Franceinfo et reprises par Actu17, la chambre de l’instruction a considéré que :
« sa protection ne peut pas mieux être assurée en milieu carcéral compte tenu de la nature des faits pour lesquels il est mis en examen ».
Autrement dit : sa sécurité en détention ne pourrait pas être suffisamment garantie.
Un transfert dans un autre établissement ou un placement à l’isolement n’auraient pas été retenus.
La protection de qui ?
Quatorze familles ont saisi la justice. Les enfants concernés ont entre 3 et 4 ans. Des parents décrivent des changements importants dans le comportement de leurs enfants. Certains ne parviennent toujours pas à aller seuls aux toilettes.
Et pendant ce temps, la justice explique que la détention ne permettrait pas d’assurer suffisamment… la protection du mis en examen.
En fait, aujourd’hui, la justice française dit clairement qu’elle protège les pédocriminels et non les enfants !! Ce que dénonce d’ailleurs clairement un rapport de Juan Miguel Petit, rapporteur de l’ONU, venu enquêter en France il y a 20 ans à la suite de situations rapportées par des mères qui prenaient la fuite pour éviter que leurs enfants soient remis aux mains de leur agresseur.
Vingt ans plus tard, les mêmes questions se posent
Et c’est précisément là que cette affaire devient encore plus glaçante.
Il y a donc plus de vingt ans, Juan Miguel Petit, Rapporteur spécial des Nations unies sur la vente d’enfants, la prostitution des enfants et la pornographie impliquant des enfants, était venu en France pour enquêter sur la situation des enfants victimes de violences sexuelles.
Le Rapporteur y rapportait notamment les difficultés considérables rencontrées par des mères qui dénonçaient des violences sexuelles commises sur leurs enfants. Ces mères se retrouvaient soupçonnées, accusées de mentir, voire menacées de perdre la garde de leur propre enfant, alors même qu’elles affirmaient chercher à le protéger.
Et certaines, après avoir épuisé les recours dont elles disposaient, se seraient retrouvées devant une alternative proprement terrifiante : continuer à remettre leur enfant à celui qu’elles soupçonnaient de l’agresser ou chercher refuge à l’étranger avec lui.
Quand cette clémence envers les agresseurs des enfants va-t-elle s’arrêter ?
Aujourd’hui, un animateur est mis en examen pour quatre viols et trois agressions sexuelles sur des enfants de trois et quatre ans. Quatorze familles ont porté plainte. De nouvelles plaintes apparaissent. Et l’homme est remis en liberté parce que sa protection ne pourrait pas être suffisamment assurée en prison.
Comment ne pas s’indigner ? Notre association dénonçait déjà cette insoutenable clémence il y a 5 ans :
La justice et le plafond de verre — LEAC
Un enfant de trois ans ne dispose pas des mêmes moyens qu’un adulte pour se défendre, être entendu et faire valoir ses droits.
Il dépend entièrement des adultes. De ses parents. Des professionnels qui l’entourent. Des médecins. Des travailleurs sociaux. De la police. De la justice.
Et lorsque tous ces adultes échouent, l’enfant n’a plus personne.
Le problème n’est pas seulement la remise en liberté
Il serait trop facile de réduire cette affaire à une question de détention provisoire.
Le problème est beaucoup plus profond.
Il concerne la conception même de la protection de l’enfance.
Mais la présomption d’innocence de l’adulte ne doit pas devenir une présomption d’absence de danger pour l’enfant. Car face à un risque de récidive, un enfant n’a aucun moyen de se défendre.
La justice doit respecter les droits du mis en examen. Mais elle doit également rechercher activement comment garantir la sécurité des enfants concernés.
Et lorsque le nombre de plaintes atteint quatorze, lorsque plusieurs familles décrivent des faits graves, lorsque des enfants aussi jeunes sont concernés, la société est en droit d’attendre des institutions une réponse à la hauteur de cette gravité. La justice n’est-elle pas rendue au nom du peuple ?
C’est un système qui met clairement les enfants en danger.
Et cela, nous ne pouvons plus l’accepter.
Des enfants qui, à trois ou quatre ans, ne disposent ni des mots ni des moyens d’un adulte pour raconter ce qu’ils ont vécu.
Dans cette affaire, c’est justement la parole d’une petite fille de quatre ans qui aurait déclenché les premières investigations. Elle aurait expliqué à sa mère qu’un animateur lui avait « touché le zizi », en mimant les gestes. D’autres témoignages ont ensuite été recueillis.
Une enfant parle. D’autres enfants parlent. Des familles portent plainte. Le nombre de plaintes atteint quatorze.
Et malgré cela, le principal mis en cause est aujourd’hui libre, sous contrôle judiciaire.
Le message envoyé à la société est désastreux
Quatorze familles ont saisi la justice. Des enfants de trois et quatre ans sont au cœur de cette affaire. Et l’homme mis en examen est aujourd’hui libre.
Il bénéficie de la présomption d’innocence. Soit.
Mais quel message cette décision envoie-t-elle aux enfants et à leurs familles ?
Le message est désastreux : les enfants, vous ne comptez pas assez. Votre sécurité peut attendre. En revanche, lorsqu’un adulte mis en cause pour des faits d’une extrême gravité est en danger, là, les institutions se mobilisent pour le protéger.
C’est exactement ce sentiment d’injustice et d’abandon que nous refusons.
Un enfant de trois ans n’a pas à attendre qu’une nouvelle victime apparaisse pour que les adultes prennent enfin la mesure du danger.
La protection de l’enfance doit protéger les enfants avant qu’ils ne soient à nouveau victimes.


