Que reste-t-il des grandes déclarations lorsque vient le temps des décisions ?
Il y a quelques mois encore, certains responsables politiques présentaient cette question comme l’une des plus urgentes et des plus sensibles de notre société. Le sujet était qualifié de brûlant. Les inquiétudes exprimées par les familles étaient prises au sérieux. Les pouvoirs publics affirmaient avoir pris la mesure de l’enjeu. Les engagements se succédaient. Les promesses de changement également.
On nous expliquait qu’il fallait mieux entendre la parole des enfants. Qu’il fallait renforcer les mécanismes d’alerte. Qu’il fallait prévenir plutôt que réparer.
Le constat semblait enfin partagé.
Et pourtant, lorsque le dossier entre dans le champ judiciaire, le contraste est saisissant.
Ce qui était présenté dans le débat public comme une question majeure devient soudain un sujet classé avant même d’avoir véritablement été exploré.
Là où l’on attendait des investigations approfondies, des vérifications minutieuses et une vigilance particulière compte tenu du contexte, on découvre que les faits ne sont pas suffisamment caractérisés. Les alertes demeurent des alertes. Les inquiétudes demeurent des inquiétudes. Les souffrances demeurent des souffrances. Mais judiciairement, l’affaire s’arrête. Les relaxes sont de retour, rien n’est assez caractérisé, encore et toujours ! MAIS QUE FAUT-IL À LA JUSTICE POUR RÉPRIMER ?? Des films en quatre dimensions ? Des prévenus qui se confessent à elle ?
C’est évidemment le rôle de la justice de ne condamner que sur des faits établis. Personne ne le conteste.
Mais il est tout aussi légitime de s’interroger lorsqu’un sujet présenté comme une priorité absolue par les responsables publics perd toute substance dès les premiers temps de l’intervention judiciaire. Dès le coup d’envoi on perd !
Cette affaire intervient pourtant dans un contexte particulier.
Elle survient après des drames qui avaient profondément ému l’opinion. Elle survient après des engagements solennels. Elle survient après que de nombreux élus ont affirmé que la protection des enfants devait devenir une véritable priorité.
Parmi eux, Emmanuel Grégoire avait lui-même reconnu la gravité du problème et annoncé des mesures concrètes destinées à favoriser le recueil de la parole des enfants.
L’intention était louable. L’outil existait, en réalité beaucoup d’outils existent, mais ils sont peu, mal ou jamais utilisés. Le besoin était identifié, l’urgence absolue …
Pourtant, les résistances administratives ont prévalu. Les engagements se sont dilués. La Justice dodeline de la tête. Elle aime les méchants ? Et les enfants attendent encore.
C’est peut-être cela qui est le plus préoccupant.
Nous savons identifier les drames lorsqu’ils éclatent. Nous savons prononcer les discours qu’ils appellent. Nous savons annoncer des réformes.
Mais nous semblons éprouver les plus grandes difficultés à transformer ces engagements en réalités tangibles.
À force, une question s’impose.
Comment demander aux citoyens de croire à la priorité donnée à la protection de l’enfance lorsque les alertes se heurtent si souvent à l’inertie, aux résistances institutionnelles ou à des classements rapides, à des relaxes tellement absurdes que c’est le Parquet qui fait appel tellement (même lui, souvent en léthargie, a pensé qu’il était peut-être l’heure de se réveiller) ?
Comment affirmer que la parole des enfants est au cœur des préoccupations publiques lorsque les outils destinés à la recueillir peinent eux-mêmes à voir le jour ? Puis fondent au soleil !
Le véritable problème n’est plus l’absence de connaissance. Les alertes existent. Les constats existent. Les solutions existent souvent elles aussi.
Le véritable problème est l’écart grandissant entre ce qui est proclamé et ce qui est effectivement mis en œuvre.
Et cet écart, ce ne sont pas les institutions qui en supportent les conséquences.
Ce sont les enfants. Toujours les enfants.
Plus que jamais, militons !


