MAMANS, NE VOUS DESHABILLEZ PAS

Très souvent L’ENFANCE AU CŒUR est saisie de dossiers d’enfants placés ou remis à l’agresseur (l’autre parent) alors qu’au départ le parent protecteur (le plus souvent statistiquement la mère) avait saisi la justice des violences subies par son ou ses enfants.

Quand nous étudions le dossier, nous trouvons immanquablement des rapports d’enquête, que ce soit des enquêtes de psychologues ou des enquêtes sociales d’un dossier JAF (affaires familiales) précédent, ou que ce soit des rapports MJIE et psy figurant dans le dossier du juge des enfants.

Parfois il y a aussi des rapports de travailleurs sociaux rédigés pendant la phase administrative de la protection de l’enfance, préalablement à toute saisine judiciaire – ajoutons que cette phase administrative n’est ni obligatoire ni systématique.

La présence de ces rapports n’est pas étonnante.

En effet tant le juge aux affaires familiales que le juge des enfants a la possibilité de faire toutes investigations qu’il souhaite afin de prendre la décision la plus opportune pour l’enfant ;  et dans la phase administrative le Conseil départemental a lui aussi une mission de protection de l’enfance qu’il mène en prenant toutes les informations qu’il peut sur la famille « signalée » ou qui a cherché de l’aide (aide recherchée auprès de la PMI par ex, ou auprès de l’assistante sociale de la mairie ou d’un commissariat).

Jusque là rien n’est donc choquant, la recherche d’informations paraît tout à fait légitime, elle est légale, où se cache le problème ?

Le problème surgit quand on lit les rapports, je parle surtout des rapports rendus dans le cadre judiciaire. (En effet les rapports de la phase admnistrative sont moins fréquents, moins nombreux, et sont suivis d’autres rapports plus complets en général.)

Les rapports que l’on va appeler ici par commodité « rapports judiciaires » sont en effet bien curieux, puisqu’ils frappent tous par une ressemblance constante. En effet ils sont caricaturaux et étrillent le parent protecteur, généralement la mère, en la disqualifiant de toutes les manières possibles.

Si bien que la maman qui allait chercher à faire protéger son enfant en s’adressant à la justice, se retrouve sur la sellette, passée aux rayons X d’une pseudo science psychologisante qui va lui trouver tous les défauts possibles et en outre une biographie passée au crible révélant la « clé » sur sa personnalité forcément bien problématique.

D’où le conseil de L’ENFANCE AU CŒUR : ne vous déshabillez pas ! Une maman qui va chez le psychologue désigné par la justice en toute honnêteté et décidée à parler vrai et à se livrer, COURT UN GRAND DANGER ! 

Tout ce qu’elle dira sera déformé et interprété de manière à justifier la mesure judiciaire qui plane sur la tête de l’enfant – soit une AEMO (le moindre mal) soit un placement en institution.

C’est ainsi que si une maman a le malheur d’avoir eu des problèmes dans l’enfance, le psy va forcément penser qu’elle les transpose sur son enfant, les revit à sa place, les invente ou les « projette » et que de ce fait elle est dangereuse du fait de cette imagination déplacée.

Si la maman est mère d’un garçon et qu’elle raconte une relation difficile avec son père, halte là ! C’est évident pour le psychologue de l’ASE qu’elle élimine l’homme de sa relation fusionnelle avec son fils, relation réparatrice de sa propre histoire difficile avec son père. Elle s’est passée d’un père, son fils peut se passer d’un père, voilà une autre interprétation possible également, et « valable » aussi quand il s’agit d’une fille et non d’un garçon.

Si une maman, d’un garçon ou d’une fille, a perdu sa propre mère ou a souffert d’un manque d’amour maternel et critique d’une manière ou d’une autre le père de ses enfants, c’est forcément parce qu’elle est en train de compenser la relation maternelle qu’elle n’a pas vécue, et qu’elle considère le père comme inutile dans ce binôme parfaitement satisfaisant qu’elle forme avec son enfant.

Si une maman a le malheur de raconter une enfance difficile sans rapport avec ses parents, se caractérisant par des expériences pénibles (crise d’adolescence, fugue ou drogue) cette maman sera forcément aux yeux du psy une barque à la dérive, un être forcément déséquilibré se raccrochant à un enfant qu’elle insécurise et qui n’est qu’un remède à son angoisse existentielle … Nous pourrions continuer à donner maints exemples de ce type, avec toutes les variantes possibles.

En réalité, plus les mamans se livrent, plus elles prennent des risques avec l’interprétation qui sera faite de ce qu’elles ont dit, les psy cherchant à cocher les cases habituelles : parent aliénant, mère insécurisante, immature, instable. En outre, dans les dossiers où un conflit avec l’autre parent existe, il est évident que les risques sont décuplés. Voilà le psy qui cherche à ce que la mère critique l’ex, la psy n’hésite pas à la pousser dans ses retranchements pour que la case « critiques incessantes » puisse être cochée et qu’ainsi soit démontrée la vitalité du conflit – qui forcément ne peut qu’ébranler le pauvre enfant. Dans ce cas et dès lors il arrive généralement que le psy se fasse prophète et annonce que l’enfant va être durablement déstabilisé par le conflit que nourrit sa mère et qu’il s’ensuit que pour le protéger il faut l’éloigner de celle-ci …

C’est la raison pour laquelle L’ENFANCE AU CŒUR ne peut que conseiller la plus grande prudence aux mamans qui rencontrent le psy judiciaire. Il ne leur est pas demandé de s’enfermer dans un mutisme qui paraîtrait suspect et serait contre-productif, mais il ne faut pas qu’elles prennent le psy pour un confesseur, ou alors, bien plus à la mode, pour un psychanalyse qu’elles consultent parce qu’elles le veulent bien et qui est sans aucun rapport avec la procédure judiciaire.

Le conseil valable dans tous les cas est de s’abstenir des critiques gratuites contre l’autre parent ; si des faits sont graves et lourds, rester sur les faits et conserver son calme. Raconter dans les détails son enfance et son adolescence n’est pas conseillé : on ignore souvent soi-même quoi en penser, mais il faut savoir que le psy, lui, a déjà une idée sur la question et recoura forcément à tout un tas de clichés dangereux ! 

La maman ne doit pas faire des parallèles entre son passé et ce que vivent ses enfants, c’est précisément ce qu’attend le psy et ça s’appelle des projections !

La maman ne doit donc pas se déshabiller, c’est à dire faire preuve d’une sincérité qui pour louable qu’elle soit est dangereuse et inutile.

Il ne faut pas oublier qu’un rapport à charge contre la mère a tendance à durer, à faire des dégâts, et les rapports ultérieurs sont souvent la reprise plus ou moins élaborée du rapport de départ !

Enfin, si le rapport, en dépit de ces précautions, est mauvais pour la maman, ne pas oublier le droit à demander :

Qu’il soit débattu contradictoirement

Qu’une contre-expertise soit ordonnée

Il ne faut pas non plus oublier que des rapports privés peuvent être produits et ont de la valeur, même si les professionnels qui les ont rendus n’ont pas été nommés par un juge. C’est la cour européenne qui l’a dit, et il faut le savoir.

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