Commission d’enquête parlementaire : Des enfants se retrouvent à devoir aller chez le père qu’ils accusent

Commission d’enquête parlementaire : « Des enfants se retrouvent à devoir aller chez le père qu’ils accusent »

La commission d’enquête parlementaire consacrée aux défaillances des politiques publiques de protection de l’enfance continue de mettre en lumière une réalité longtemps minimisée : dans certains dossiers d’inceste, des enfants ne sont pas suffisamment protégés malgré leurs révélations.

Dans un article publié par Actu-Juridique, Maître Christine CERRADA, avocat référent de L’ENFANCE AU COEUR et  spécialisé dans la défense des familles confrontées à des situations de violences intrafamiliales décrit les mécanismes judiciaires qui conduisent parfois à des décisions profondément incompréhensibles pour les enfants et leurs proches.

« Ce n’est pas une punchline. C’est la stricte réalité »

L’une des phrases les plus marquantes de son intervention résume l’ampleur du problème :

« Il y a des enfants qui se retrouvent à devoir aller chez le père qu’ils accusent. Ce n’est pas une punchline. C’est la stricte réalité. »

À travers cette déclaration, Maître Cerrada rappelle qu’au-delà des débats théoriques ou des oppositions idéologiques, il existe des situations concrètes dans lesquelles la parole de l’enfant ne suffit pas à déclencher une protection effective.

Une dissymétrie devant la justice

Dans l’article, l’avocate décrit également ce qu’elle considère comme une profonde « dissymétrie des rôles devant la justice ».

Selon elle, dans certains dossiers :

  • la mère protectrice, bouleversée par les révélations de son enfant, peut apparaître émotionnellement fragilisée ;
  • à l’inverse, le parent mis en cause peut présenter une image plus calme et plus maîtrisée ;
  • cette différence de posture influence parfois la perception des institutions.

Maître Cerrada dénonce ainsi des situations où le parent qui tente d’alerter est soupçonné de manipulation, tandis que les révélations de l’enfant sont relativisées ou replacées dans un simple « conflit parental ».

Pour LEAC, cette problématique est centrale. De nombreuses familles accompagnées par l’association décrivent un sentiment d’inversion des rôles : le parent qui cherche à protéger l’enfant devient parfois celui qui doit se justifier.

Une parole d’enfant encore insuffisamment protégée

L’article met également en avant les difficultés persistantes autour du recueil de la parole des mineurs.

Maître Cerrada critique notamment :

  • l’application insuffisante des auditions « Mélanie », pourtant conçues pour limiter les traumatismes lors des interrogatoires d’enfants ;
  • le non-respect du protocole NICHD, méthode reconnue internationalement pour recueillir la parole des mineurs sans suggestion ni influence ;
  • les délais particulièrement longs dans certaines enquêtes.

Ces dysfonctionnements peuvent avoir des conséquences lourdes pour les enfants concernés. Lorsqu’une enquête dure plusieurs mois, voire plusieurs années, l’enfant reste parfois exposé à des situations qu’il perçoit lui-même comme dangereuses.

Une commission d’enquête qui marque un tournant

Depuis plusieurs années, associations, familles et professionnels alertent sur les limites du système actuel de protection de l’enfance dans les dossiers d’inceste.

Les auditions de la commission parlementaire montrent aujourd’hui que ces préoccupations ne peuvent plus être ignorées.

Pour LEAC, le fait que ces sujets soient désormais débattus publiquement au niveau parlementaire constitue une étape importante.

Longtemps, les familles dénonçant des dysfonctionnements judiciaires ont été considérées comme marginales ou excessives. Aujourd’hui, magistrats, avocats, chercheurs et associations sont entendus au sein même de l’Assemblée nationale.

La nécessité de réformes concrètes

Au-delà du constat, LEAC estime indispensable que cette commission débouche sur des changements réels.

Plusieurs enjeux apparaissent essentiels :

  • renforcer la formation des magistrats et experts aux mécanismes de l’inceste et de l’emprise ;
  • améliorer les conditions de recueil de la parole des enfants ;
  • réduire les délais d’enquête ;
  • éviter que des parents protecteurs soient systématiquement soupçonnés lorsqu’ils alertent sur un danger ;
  • garantir que l’intérêt supérieur de l’enfant reste la priorité absolue.

L’intervention de Maître Christine CERRADA dans cette commission rappelle une réalité difficile mais essentielle : derrière chaque dossier, il y a des enfants dont la sécurité, la stabilité psychologique et l’avenir dépendent directement des décisions prises par les institutions.

Pour LEAC, il ne s’agit plus seulement d’écouter ces témoignages.

Il s’agit désormais d’agir.

Source : Actu-Juridique – « Commission d’enquête parlementaire : pourquoi la justice échoue à protéger les enfants des parents incestueux »

https://www.actu-juridique.fr/civil/personnes-famille/commission-denquete-parlementaire-pourquoi-la-justice-echoue-a-proteger-les-enfants-des-parents-incestueux/

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