Science de la protection des mineurs, de Liviu Poenaru, préfacé par Christine Cerrada : un livre essentiel pour comprendre les dérives de la protection de l’enfance
Retirer un enfant à sa famille au nom de sa protection devrait toujours constituer une mesure exceptionnelle, justifiée par un danger réel et mise en œuvre lorsqu’aucune autre solution ne permet de protéger l’enfant.
Mais que se passe-t-il lorsque la protection devient une mécanique institutionnelle qui ne questionne plus suffisamment ses propres décisions ? Lorsque des évaluations contestables, des rapports déterminants et des décisions difficiles à remettre en cause conduisent à des séparations injustifiées ? Et lorsque les conséquences de ces décisions sur les enfants et leurs parents restent dans l’ombre ?
C’est à ces questions fondamentales que nous invite à réfléchir Science de la protection des mineurs, de Liviu Poenaru, publié par The Mental Forecast Press.
Une préface qui dénonce les dérives d’un système
Avocat référent de L’Enfance Au Cœur, Maître Christine CERRADA, auteur de « Placements abusifs, une justice sous influence » https://lenfanceaucoeur.org/placements-abusifs-une-justice-sous-influences/. signe la préface du livre dénonçant ainsi les mécanismes institutionnels, les placements injustifiés et les souffrances humaines qu’ils peuvent engendrer.
Dans sa préface, elle ne contourne pas le problème. Elle met en cause une alliance dangereuse entre une idéologie de la défiance envers les familles, des intérêts institutionnels et économiques, le pouvoir des professionnels chargés des évaluations et une responsabilité judiciaire insuffisante.
Elle dénonce notamment une logique dans laquelle le parent peut devenir suspect avant même que le danger soit objectivement établi. Les comportements ordinaires, les difficultés familiales ou les réactions de détresse peuvent alors être interprétés à charge, tandis que les rapports sociaux acquièrent un poids considérable dans les décisions judiciaires.
Lorsqu’une institution est chargée de protéger un enfant, qui contrôle ses décisions ? Qui évalue ses erreurs ? Et qui répond des conséquences lorsqu’un enfant est injustement séparé de ses parents ?
Ces questions sont au cœur du combat que mène L’Enfance Au Cœur.
Il est indispensable de remettre en question les pratiques qui permettent à des décisions contestées de se prolonger sans que leurs fondements et leurs effets soient suffisamment réexaminés.
Elle rappelle également une réalité trop souvent occultée : les placements injustifiés ne sont pas de simples erreurs administratives. Ils peuvent bouleverser durablement des vies, détruire des liens familiaux et laisser des blessures profondes.
La souffrance des familles : l’angle mort de la protection de l’enfance
Les pages de Liviu Poenaru consacrées aux conséquences de la séparation donnent toute sa profondeur à cette réflexion.
Un parent privé de son enfant ne perd pas seulement sa présence quotidienne. Il perd des gestes, des habitudes, des échanges, des moments ordinaires et irremplaçables. Il peut être empêché de consoler son enfant, de répondre à ses questions ou de l’accompagner dans les événements qui construisent son existence.
À cette privation s’ajoute souvent l’impuissance : le parent peut continuer à aimer son enfant, à s’inquiéter pour lui et à vouloir le protéger, tout en étant privé des moyens concrets d’exercer sa parentalité.
L’auteur décrit également le piège dans lequel certains parents peuvent se retrouver : leur souffrance, leur insistance et leur contestation risquent d’être interprétées comme des manifestations problématiques, renforçant ainsi les soupçons qui pèsent sur eux.
La détresse devient alors un facteur supplémentaire de fragilisation.
Pour désigner la destruction possible des équilibres biologiques, psychologiques, sociaux et identitaires liés à la relation parent-enfant, Liviu Poenaru développe le concept de « meurtre biopsychosocial ».
Cette expression, qui relève de sa réflexion théorique et non d’une qualification pénale, souligne la gravité des dommages que peut provoquer une séparation prolongée lorsqu’elle est injustifiée.
Un enfant n’est pas un dossier. Un parent n’est pas une hypothèse de danger. Une séparation ne peut pas être considérée comme protectrice par principe, indépendamment de ses conséquences.
Quand la protection doit aussi rendre des comptes
L’un des enjeux majeurs de cet ouvrage est de rappeler que les intentions affichées ne suffisent pas à justifier une mesure de protection.
Il faut examiner les faits, vérifier les évaluations, rechercher les solutions alternatives, mesurer les conséquences des décisions et réévaluer régulièrement la nécessité du placement.
La protection de l’enfance ne peut être dispensée de cette exigence de rigueur sous prétexte que ses objectifs sont légitimes.
Bien au contraire : parce qu’elle intervient dans l’intimité des familles et peut bouleverser la vie des enfants, elle doit être soumise à des garanties particulièrement exigeantes.
Lorsqu’une décision provoque une souffrance grave et durable, il ne suffit pas d’invoquer l’intérêt supérieur de l’enfant. Il faut démontrer en quoi la mesure répond effectivement à ses besoins et à sa sécurité.
Et lorsque des erreurs sont commises, les familles doivent pouvoir être entendues, les décisions réexaminées et les responsabilités questionnées.
C’est aussi cela, protéger les enfants : empêcher que les défaillances du système ne deviennent elles-mêmes une source de souffrance.
Un ouvrage qui rejoint le combat de L’Enfance Au Cœur
En recommandant la lecture de Science de la protection des mineurs, L’Enfance au Cœur souhaite contribuer à un débat indispensable sur les pratiques de placement, les droits des familles et la responsabilité des institutions.
Notre engagement ne consiste pas à nier les situations dans lesquelles un enfant doit être mis à l’abri. Il consiste à rappeler qu’aucune institution n’est infaillible et qu’aucune mesure aussi lourde de conséquences ne devrait échapper à un examen rigoureux.
Protéger les enfants victimes de violences est une nécessité absolue. Prévenir les placements injustifiés l’est tout autant.
Nous refusons que la souffrance d’un enfant séparé injustement de ses parents soit invisibilisée. Nous refusons que la détresse d’une famille soit retournée contre elle sans examen sérieux de ses causes. Nous refusons que la légitimité de la protection de l’enfance serve à soustraire ses pratiques à la critique.
Parce que défendre les enfants, c’est aussi défendre leur droit à ne pas être séparés injustement de leurs parents. Vivre en famille est un doter fondamental tant pour l’enfant que pour les parents.
Le travail de Liviu Poenaru nous invite à regarder en face ces réalités, à interroger les pratiques établies et à poursuivre le combat pour une protection de l’enfance plus juste, plus rigoureuse et respectueuse des droits fondamentaux.
Un livre à lire et à faire connaître.


