VIOLENCES SEXUELLES : LES MURS DE L’OMERTA QUI ENTOURENT LES INSTITUTIONS S’ÉCROULENT-ILS ?

Ces deux dernières années, nous assistons à la chute progressive de rideaux épais qui recouvraient les violences de toutes sortes faites aux mineurs au sein des institutions françaises. C’est ainsi que successivement la pédophilie dans l’éducation nationale, celle au sein de l’ONU à travers les Casques Bleus, et encore celle sévissant depuis des lustres dans l’Eglise ou tout récemment celle bien cachée qui ronge les services de l’ASE dans les foyers est dénoncée haut et fort. Évidemment les citoyens qui ignoraient que ce fléau avait depuis longtemps infiltré des institutions apparemment au-dessus de tout soupçon tombent des nues. Le choc, la peur retrospective d’avoir pu risquer, à travers leurs enfants, d’en être victime, s’accompagnent d’une grande colère et d’une revendication de justice et de garanties. Mais des questions méritent d’être posées.

  • Le grand public découvre soit, mais quid des personnes qui étaient au courrant ?
  • Qui a dénoncé ? et qui n’a pas dénoncé ?
  • Le lanceur d’alerte a-t-il été protégé ou a-t-il été réduit au silence ( Anders KOMPASS a été contraint de démissionner après avoir dénoncé les viols au sein de l’ONU)
  • La justice a-t-elle fait la démonstration de sa volonté de prévention et de répression ?
  • La justice va t’elle aller au bout et faire l’exacte lumière pour éradiquer la pédocriminalité de ces institutions ?
  • S’agit-il de la part de la justice de bonne conscience et de profession de foi ?

Malheureusement et sans vouloir faire montre d’un pessimisme excessif, la réponse à ces questions est très nuancée et plutôt … négative.

1.La plupart du temps ce n’est pas la justice qui a permis que le rideau masquant la pédocriminalité dans les institutions, tombe (en partie) et révèle la gravité de la situation. Ce sont quelques medias qui se sont emparés d’une affaire particulière, initiée par une plainte du parent protecteur ou de la victime. Mais si la presse a été sollicitée, c’est à chaque fois car le justiciable ne parvenait pas à ce que la justice prenne au sérieux son action, soit qu’elle tarde, soit qu’elle nie la réalité des faits, soit que les mesures prises soient insignifiantes. Le plaignant a alors directement ou indirectement fait médiatiser son affaire ( ce qui n’est pas une mince affaire, les preuves sont dans ces cas terriblement accablantes). En effet, la justice s’arrêtait sur le seuil de l’institution mise en cause, comme saisie d’un vertige à l’idée d’y entrer et d’y braquer le projecteur de ses lois, de sa police et de ses juges. L’omerta serait totale s’il n’y avait pas la presse pour informer (parfois).

Mais une fois mis en lumière par les medias, qui reprennent pour le rendre public le parcours du plaignant, la justice va t’elle réprimer et prévenir ? La réponse est négative.

  1. 2. La justice n’ira pas au bout de l’éradication de ce phénomène ni de sa répression. En effet la justice dans le domaine de la répression de la pédocriminalité et des violences sur mineurs se caractérise par son laxisme. Au degré de laxisme auquel est parvenue la justice française, on peut même affirmer qu’elle n’en a pas le souhait. Devant des preuves accablantes de violences sur mineurs, la justice prescrira majoritairement du sursis ou des peines symboliques de prison ferme qui grâce à la loi Taubira dans la plupart du cas ne seront pas appliquées. A tel point que le seul moyen d’être sûr de faire condamner un coupable de violences sur mineurs est que ce coupable reconnaisse les faits, et encore, sa bonne volonté lui épargnera une sanction sévère.

Rappelons que les mineurs sont très souvent victimes d’abus sexuels, d’inceste, de maltraitance et qu’il y a pourtant très peu de plaintes au regard du nombre de victimes. Or la majorité de ces plaintes n’aboutissent pas à des condamnations. En effet la justice française vit et agit sous les deux dogmes intouchables d’une part de la présomption d’innocence et d’autre part du doute qui profite au prévenu ou à l’accusé. Face à une parole d’enfant, si difficile à porter, ou face à un parent protecteur que la justice s’empressera de décréter manipulateur ou aliénant, le prévenu ou l’accusé est d’ores et déjà sûr d’être avantagé. Pour s’en convaincre il suffit de consulter l’énorme quantité de faits divers qui révèlent des enfants victimes que la justice n’a pas crus mais à qui l’avenir donne raison – les preuves viennent trop tard, ou la récidive de l’agresseur prouve elle aussi trop tard qu’il en était un. Il y a de cela un an une adolescente dénonçait son père incestueux et la justice a écarté sa parole pour ne la croire que lorsqu’elle a été enceinte de son géniteur !

Quand les affaires mettant en cause l’éducation nationale ont éclaté devant une France sidérée et très inquiète, la justice n’a eu d’autre choix que de s’atteler à la tâche de juger les dossiers des mis en cause, sous la houlette d’un ministère dont la crédibilité était en jeu. Il a fallu un suicide de directeur d’école (l’école Villefontaine, un récidiviste qui a sévi des années faisant plus de 60 victimes reconnues) pour qu’une loi aussi évidente que celle prise cette année là et baptisée d’ailleurs « Loi Villefontaine » soit prise pour créer une communication serrée entre le Parquet et le rectorat – alors tenus de se communiquer systématiquement les informations sur des professeurs mis en cause ou condamnés pour des affaires de pédocriminalité.

La justice a été mise en demeure par la force du regard des citoyens braqué sur elle, de faire un certain ménage. Mais depuis, le sujet est clos et nul ne sait exactement ce qu’il en est. Le phénomène de la pédocriminalité vient d’émerger dans une autre institution, l’aide sociale à l’enfance (ASE) dont le paradoxe est d’être précisément une structure de protection de l’enfance ! Mais la justice passera t’elle aussi efficacement qu’elle le fit, contrainte et forcée pendant un an ou deux au moment des scandales dans l’Education nationale ? On peut en douter car

tous les parents français, on s’en réjouit, sont loin d’avoir un enfant placé à l’ASE ! La justice pourra donc à nouveau ronronner en faisant mine de s’atteler à une tâche qu’elle sait bien moins prégnante. La justice n’est après tout qu’une institution, et elle a un tropisme qui consiste à se serrer les coudes avec les autres institutions, quand elles sont mises en cause. On pense au singe qui ne veut ni parler, ni voir, ni entendre, image comique et cynique de la justice qui ne réagit plus que lorsqu’un scandale la tire de son sommeil, et encore, elle se rendort très vite et à la première occasion !

  1. 3. Oui, il y a sans conteste un besoin de bonne conscience de la part de la justice. Quand les institutions françaises sont dans le collimateur des medias et des citoyens indignés, elle s’agite et fait mine de pourfendre le mal à la racine en disant haut et fort qu’elle n’a jamais cessé de le faire ! Mais il est impossible de le croire. Les milliers de mères qui dénoncent les violences des pères ou des compagnons sur leur enfant sont là pour le dire aux associations, aux avocats : non, la justice ne les écoute pas et fait semblant. La volonté de prévenir et de réprimer n’est pas au rendez-vous, la justice veut en façade bien faire les choses et en profondeur continuer son profond sommeil, qui s’accomode bien des théories de l’enfant menteur ou du parent aliénant – et de l’agresseur qui ne peut en être un si cela n’est pas marqué en lettres rouges sur son front.

Alors ce rideau qui se lève épisodiquement sur telle ou telle institution s’apparente plutôt à un rideau de plomb, et c’est la raison pour laquelle le travail associatif au côté du justiciable qui met en cause un agresseur, où qu’il se trouve et quelles que soient ses protections, est un travail de salubrité publique.

Là aussi après la diffusion mercredi soir d’un documentaire sur l’Aide sociale à l’enfance (ASE) en Gironde. Intitulé « Enfants placés, les sacrifiés de la République » qui a fait une bonne audience, le parquet de Bordeaux a annoncé qu’une enquête serait diligentée.

L’ENFANCE AU CŒUR attend le résultat de l’enquête pour démentir ce billet d’humeur

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